Le petit lit blanc
[Publié le 2 juin]
Dans quelques jours, cela fera un mois que nous serons partis de Saigon. Un mois d'effacement, d'absence au monde. La retraite des sentiments. Dans notre monde, les nouvelles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles ne sont pas, tout simplement. Rien n'a réellement changé depuis notre départ. Au début, nous avons reçu quelques photos, de courtes informations. Depuis 15 jours, plus rien ou presque. Nous savons juste qu'une circulaire a été envoyée au moment de notre départ. Une réponse est attendue. Il est trop tôt pour relancer les intéressés sans froisser la putain de bienséance (enfin, c'est ce qu'on veut bien nous dire).
Les journées se répètent. Les heures sont autant de barreaux d'une invisible prison qui nous retiennent dans le présent. Impossible de penser le futur. Car le futur fuit. Il s'échappe au fur et à mesure qu'on l'approche. En me faisant violence, je parviens tout juste à envisager la semaine qui vient. Tout ce qui suit est indicible, inconcevable. Quand au passé, il est sous clé. Les photos, les films sont là, à portée de main. Mais nous n'osons les regarder. Les images, les sons, les odeurs, les joies, les peines, il a fallu tout repousser derrière la porte. Dans cet endroit enfoui et reclus où il faut maintenir l'obscurité coûte que coûte, même si c'est chose impossible.
J'ai composé, il y a déjà quelques années, une (demi) chanson. Comme à mon habitude, je n'ai pas écrit de vraies paroles. Juste quelques mots qui me sont venus avec la musique. Cela faisait :
Tu dois te montrer fort
Tu dois te monter grand
Tu dois tenir le coup
Et ne rien laisser voir.
Libellés : post scriptum



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