Phu Tho Express

AVENTURE n. f. XIe siècle. Ce qui doit arriver, destin heureux ou malheureux.

mercredi 2 juin 2010

Saigon

En attendant les passeports à la terrasse d'un troquet face aux service de l'immigration, puis, un peu plus tard, en attendant le visa au Consulat.

Le nom fait rêver. Il évoque cet Extrême Orient mythique, celui de Loti et des Orientalistes, et un certain âge d'or de la France coloniale. Ce Saigon là n'a bien sûr jamais existé mais le rêve demeure, au grand profit des marchands de vacances - ces faiseurs de miracles qui vendent l'exotisme sans les incertitudes (et les joies) du voyage.

Si Tokyo est la plus belle des villes laides, Saigon n'est qu'une grande ville laide parmi tant d'autres. Chaque constructions semble une ode à la laideur. A de rares exceptions près, les vestiges de la lointaine et honnie époque coloniale sont noyés sous les fils électriques et perclus de ces verrues architecturales que sont les blocs de climatisation. La cathédrale élève des tours de granit rouge incongrues au milieu d'une superposition de petits immeubles de béton peint. Les murs sont jaune moutarde, rose ou vert d'eau, ou tout simplement gris sale. Seules les nouvelles tours, gainées d'acier et habillées de verre, qui poussent de ci de là laissent un peu d'espoir à ce morose capharnaüm urbain.

Voyageur en quête de divertissement, passe ton chemin. Une poignée de restaurants décents. Quelques musées, (principalement consacrés à la guerre et à ses atrocités). Un jardin zoologique désuet. Un bunker de béton armé, poétiquement nommé Palais de la Réunification. Ajoutez un théâtre vaguement baroque et un hôtel de ville au style indéfinissable. Vous avez à peu près tout. J'ai relu plusieurs fois les guides de voyage laissés à Phu My avec le vain espoir de découvrir une pagode cachée ou un temple méconnu. Rien. Trente années de guerre, suivis de trente ans de pax communista, ont eu raison de l'âme de la ville, qui s'est perdue avec le nom Saigon. Dans vingt ans, ce sera une ville asiatique moderne comme les autres, rivalisant avec Shanghai ou Kuala Lumpur pour la plus haute et munificente tour. Elle aura peut-être (sûrement) reconquis son nom. Aura-t-elle retrouvée une âme ?